Lors de ma derniere lecon de No, j’ arrive dans la salle de repetition encore plus stresse que d’ habitude, je sais qu’ aujourd hui, je dois executer parfaitement ma partie. Apres avoir but une tasse de the vert, Tatsuchige me montre un coffret carre qu il a apporte aujourd hui, il l’ouvre et en sort un sac de tissue fermee d’un lacet, j’ avais déjà vu plusieurs de ces poches de tissus dans l’atelier du maitre, je savais pertinament ce qu’il contenait tout en ne voulant pas y croire . “Aujourd hui tu vas porter le masque“, me dit-il en sortant une face de bois blanche, le visage d’une femme surement sculpte par son pere. Tout tremblant, je m’assieds a ses cotes. Tatsuchige m’apprends a le saisir par les oeillets, puis a l’observer. L’acteur doit ensuite saluer le masque, le placer a la meme hauteur de son visage puis le retourner. Ensuite avec deux gestes court et precis, il faut lancer les longues ficelles d’attache derriere chacune des epaules. Et le masque rencontre mon visage. A l’interieur tout est noir, le calme et le vide le plus total. Les quatres trous des yeux, et des narines font rentrer des gouttes de lumieres. Je me leve, il m accompagne pour les premiers pas sur l’ Hachigakari. Alors il me demande de faire quelques pas sur la scene, je suis oblige d’utiliser uniquement les quatres pilliers des quatres coins de la scene pour avancer tellement le champs de vision est reduit. Il me montre quel angle doit adopter le masque pour vivre, un angle extrement reduit qui contient en quelques centimetres la joie et la tristesse. Le masque se baisse et la voila qui pleure pour la premiere fois.

Comme on a pu le voir dans ce dernier article, le pin est une figure centrale et symbolique du theatre No. Mais il est interessant de voir que le pin est aussi le symbole de Dionysos, Dieu du theatre grec . En Grece, ce dernier etait effectivement considere comme le createur du theatre, du dithyrambe, et de la danse. On accrochait d`ailleurs des masques de terre cuite a son effigie sur les branches des pins.
Voir en cette similitude une preuve indeniable d’une mystique theatrale, ou d’un lien spirituel entre l’occident et l’orient pendant l’antiquite, serait bien temeraire. Toutefois on retrouve dans “Les Bacchantes” d’Euripide, un element qui peut surprendre.
Cette ultime tragedie d’Euripide a ete ecrite entre 408 et 405 av. J.-C juste avant sa mort. On retrouve dans celle-ci Dyonisos en personne, le culte qu’on lui vouait ainsi que les rites qu’on celebrait en son honneur. La piece s`ouvre sur l’arrivee de Dionysos, fils de Zeus a Thebes et ici incarne dans un corps d`homme . C est dans ce monologue que l on peut relever cette citation assez troublante :

“…a l’Asie j’ai enseigne mes choeurs
Et mes mysteres, afin de me declarer dieu au regard des humains”

A mediter…

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L ‘ecriture japonaise utilise surtout des ideogrammes chinois, appeles Kanji. Chaque mot ou concept est ainsi ecrit avec plusieurs ideogrammes ce qui nous revelent instantanement l’origine du mot. Ainsi Tatsushige me fait remarquer qu’il est amusant de voir que “Chiba” le mot signifiant “theatre”, d’apres les deux caracteres qui le forment, signifie “dans l herbe”. Et on voit  ainsi que  le lieu premier ou le spectacle avait lieu etait l herbe, c’est a dire en exterieur, c est a dire dans la nature.

Un arbre, le pin,  figure sur toutes les scenes de No. Peint d une facon souvent naive, on le retrouve dans chaque salle sur la paroi du fond de la scene. Au cours d’une lecon, Tatsuchige m’explique qu’ en realite le Noh, il y a plusieurs centaine d’ annees, etait joue face a cette arbre. Effectivement, la representation possedait  anciennement une fonction rituelle et religieuse, l’arbre representait alors  les Dieux et un moyen d’entrer en contact avec eux.

Il est d ailleurs interressant d’ observer que dans la quasi totalite des civilisations, l’ arbre avait une fonction cosmologique. Se dressant ainsi du fin fond de la terre pour rejoindre le ciel qu’il chatouille de sa cime, il s’etire entre les mondes inconnus des hommes. Son cycle naturel, qui le conduit a la mort en hiver pour une renaissance au printemps, a toujours evoque l’immortalite. N’est ce pas au grand frene cosmique Yggdrasyl, qu’Odin se pendit neuf nuits durant pour obtenir les Runes, tablettes sacrees revelant les mysteres de l’univers ? N’est ce pas sous l’arbre de la Bodhi que Shakyamuni atteint l’illumination?

Au Japon, le pin (matsu) reste vert et garde ses feuilles toute l’annee, il represente ainsi la longevite. Les representations de Noh etaient donc donnees a son pied. Tres vite se posa le probleme du public, qui se placait devant l’arbre pour voir la representation et oubliait ainsi son principal destinataire. On eut alors l’idee de placer un miroir en fond de scene, qui refletait le pin et permettait au public d’avoir en face de lui l’antenne divine… Et peu a peu, le miroir fut remplace par une peinture qui rappeller a chacun, acteurs comme spectateurs, la porte cosmique de leur Acte.

Me voilà a Kyoto, la ou Tatsuchige , le fils du maitre Udaka de la famille Kongo me donne des cours de No.

Il decide de m enseigner un extrait d un No dans lequel j interpreterai l esprit d un arbre, celui du Pin, symbole du No et symbole de longevite.


Premiere lecon de No :

Zeami, le fondateur du No, disait dans ses traites: « D abord le chant, puis la danse. Les racines de la danse sont enfouies dans le chant . Pour que naisse l emotion, la danse doit se soumettre au chant ». Ainsi ma premiere lecon se focalisa sur ce chant, cette proferation de syllabes aux modulations legeres.


atelier geken, lecon

Shite (l acteur principal) :

Yo-wa-i-wo-sa-zu-ku-ru- *

ko- – no-ki- – mi- – no- – *

Jiutai (le choeur) :

Yo-wa-i-wo-sa-zu-ku-ru- *

ko- – no-ki- – mi- – no- – *

yu-ku-su-e-ma-mo-re/to*

wa-ga-shi-n-ta-ku-no—*

tu\u-ge/e wo–*shi-ra su ru–*

ma-tsu ka/ze mo-*n/me-mo/o *

hi-sa-shi-ki- -ha-ruko/so–*

me- -de/ta- -ke- -re- -


Deuxieme lecon de No:

Cette deuxieme lecon a lieu a Iwakura au nord de Kyoto dans l atelier de son pere. Dans le bus, je l interroge sur son premier No. Il m’explique qu’ il avait seulement trois ans, il jouait un roi, sa partition etait tres simple, il devait avancer sur l hachigakari (le pont joignant les coulisses a la scene, cette espace de l’entre deux, entre l ombre et la lumiere, la realite et le reve), effectuer quelques mouvements sur la scene puis s’asseoir sur son trone. Ensuite le shite (joue ce jour la par son pere) arrivait et effectuait sa partition. Le petit Tatsuchige devait ainsi attendre jusqu a la fin du No pendant environ une heure. Mais entraine par les forces oniriques du No, il s’endormit, sa tete tombant nonchalemment sur son epaule. Son pere apres quelques minutes, s’apercut de cela de derniere son masque, et tenta de chanter plus fort pour reveiller son fils, mais rien y fait. Un koken (assistant de scene) place alors derriere le trone, lui remis la tete droite. Juste avant de faire sa sortie, le koken secoua Tatsuchige qui se leva et sortit comme si de rien . Ce jour la,me dit-il, plusieurs personnes ont pense qu il deviendrait un grand acteur de No.

Nous arrivons a Iwakura, et avant de commencer la lecon, il sortit plusieurs masques, certains sculptes par son pere et il m expliqua leurs significations. Certains masques possedent un cote Ying et un cote Yang, aussi les deux cotes du masques sont legerement differents, notamment l’espace entre la bouche est l oeil, ainsi que le regard qui est bas pour un oeil, et plus haut pour l autre. Ainsi quand l’acteur masque rentre sur scene sur  l’hachigakari, il offre au public la partie droite de son masque, et celle-ci porte en elle la tristesse et la peine, et a la fin du No l acteur sort, presentant forcement l’autre face qui semble, quant a elle, apaisee. A ce moment Tatsuchige prit le masque dans sa main et commenca a le faire se mouvoir dans l espace, soudain cette femme pleurait, un instant plus tard elle semblait sourire.La vie naissait du bois et de la lumiere. Il avait la vie dans sa main, il ne fallut qu un instant pour la poser a terre et pour la faire disparaître. Cependant meme pose par terre, un mouvement imperceptible persistait dans ce masque de femme. Un mouvement qui fait coule des larmes, qui touche en l homme en l homme. Le/ce mouvement c est la vie.

 

L` homme n est-il pas un arbre qui marche?

Comme il eleve sa tete, comme il etend ses branches vers le ciel,

C est ainsi qu il enfonce ses racines dans la terre.

Je les decouvrirais, me penchant je toucherai mon pied de mon doigt.

Le repos du 7eme jour

Paul Claudelrimg0521


Bien souvent ces derniers mois, je pese ces mots de Camus : Il n’y a pas de plaisir à voyager. J’y verrai plutôt une ascèse…”

Comme si la mouvance d un corps dans les paysages, forcait l esprit a l introspection, et d une main de fer, nous place face a cet autre qui est soi. Ainsi la conversation peut avoir lieu. Mais une telle rencontre ne peut se faire que dans la douleur, comme si l on forcait deux images completement differentes a se superposer parfaitement. Les deux soleils doivent habiter un meme systeme, La matiere resiste, brule et crie, alors le coeur crie en choeur.

Dans la mouvance, on finit par atterir dans ce vide interieur ou s entrechoque les etoiles. La commence une ascese interne qui ne deborde jamais dans le reel.

Me voilà donc arrive au Japon…et tout d abord a Tokyo ou je suis reste quelques jours…

Le lendemain de mon arrivee, j ai la chance de voir mon premier No en cette « terre de scenes », grace a un contact avec Monsieur Shonosuke OKURA, 15eme descendant de la dynastie OKURA, joueur d Otzuzumi (un des trois tambours utilises dans le No). Celui ci me trouve une place au dernier moment pour le No Seiobo, dans lequel il joue lui meme au Theatre National du No de Kyoto. Et enfin me voilà dans une veritable salle de No, et dans son atmosphere studieuse. Comme on m`avait prevenu, l assistance est plutot age. Et tout d abord nous assistons a un Kyogen, une forme de theatre comique et dialogue, qui reste extremement hermetique pour les gens peu familiarises avec l humour et les jeux de mots japonais. Le No commence ensuite, et est particulierement soporifique. Toutefois j avais lu que sommeiller durant une representation n est pas du tout condamnable, bien au contraire, les acteurs de No considere que c est une facon d entrer dans le monde onirique du No. Ainsi on peut considerer que j y ai penetre de facon remarquable.

Toutefois, j ai pu capter une image qui depuis me reste en tete: celle de l empereur de Chine au costume triangulaire epousant puissament la terre.

Je retrouve ensuite M Okura, qui m emmene a une autre representation d un tout autre type qu il donne dans la meme journee. Il s agit d un concert d une grande chanteuse lyrique chinoise, donne pour ces 20 ans de carriere et pour lequel elle a invite a participer M. Okura ainsi qu une danseuse japonaise semblable a une geisha. Avec le pretexte d une production pluri-disciplinaire et interculturelle, l ensemble est peu satisfaisant car rien n a de coherence et tout manque d une veritable recherche commune.

Je profite de mon troisieme jour a Tokyo pour aller au celebre Kabuki za, l ancien theatre de Kabuki qui sera detruit dans quelques mois. J assite a deux pieces une traditionnelle et une plus contemporaine. Ce qui m a surtout frappe durant ces representations, c est la presence de chauffeurs de salle dans chaque partie du theatre qui commentent, ni plus ni moins, le jeu de l acteur ou du danseur sur scene. Ainsi regulierement leurs voix fusent, parfois en echos, et invitent le spectateur a applaudir l execution de tel geste. Leurs presences physiques et vocales donnent un rythme tout particulier au spectacle, et rendent le spectateur reellement actif.

Apres toutes ces aventures, et l inquietude de plusieurs d entre vous, je suis revenu dans le nord a Sawan, pour me reposer et poursuivre mon apprentissage du Gamelan et de deux danses traditionnelles: Oleg dance, proche du Legong, et Jaog dance, danse masquee plus proche du Topeng. Durant ma derniere semaine a Bali, et malgres mon repos force, j ai pu assister a deux performances tout a fait interessantes.http://farm4.static.flickr.com/3045/2718469582_622b559ef7.jpg

Un spectacle de Gambuh, qui semble etre la forme la plus ancienne de theatre rituel a Bali, est presente deux fois par mois dans le village de Batuan, j ai ainsi pu etre present lors d une de ces deux representations. Face a ces personnages, aux costumes millenaires, on ressent que chaque geste et chaque son ont traverse le temps, pour survivre encore aujourd hui. Toutefois le Gambuh est aujourd hui en voie de disparition. Je me permets de citer le site http://www.lebacausoleil.com/SPIP/article.php3?id_article=226 , qui propose un article tres complet sur cette forme ancienne:

On pense que sa musique, sa littérature et son vocabulaire de danse si particulihttp://www.nusantara.com/GAMBUH/gmb-03b.jpger sont originaires de Java de la période Majapahit, à l’apogée de la culture classique des cours hindou-javanaises. Il est probablement le résultat de l’évolution d’une forme de danse javanaise nommée raket.
L’empire de Majapahit exerce une fascination mystique et profondément enracinée dans l’âme historique de Bali. Selon les dires des Balinais, l’histoire commence par la conquête de Majapahit au XIVème siècle, suivi de l’Age d’Or de Bali, que fut le XVIème siècle. Les Balinais pensent que la fine fleur de l’aristocratie hindou-javanaise aurait migré à Bali après la chute de l’empire de Majapahit, amenant un renouveau dans l’organisation théologique et politique de Bali. L’influence de la finesse des formes artistiques de cette période, qui sont étroitement liées aux pratiques religieuses, se fait encore sentir aujourd’hui : il suffit d’admirer l’étrange et complexe beauté du Gambuh, apparemment inchangé dans son essence pendant les 500 dernières années de son histoire, qui reflète encore l’atmosphère captivante et les figures des anciennes cours royales javanaises.

L’espace scénique est toujours restreint et le décor, minimaliste, consiste en une simple porte de temple par laquelle le danseur entre et sort de scène. Cela est dû au fait que le Gambuh, généralement présenté lors de fêtes de temple, est joué dans ou à proximité du temple. Le décor est parfois enrichi d’une pergola de feuilles de palme tressées, de bannières et de parasols de cérémonie dorés encadrant la porte.

Le texte des représentations de Gambuh (ou lelampahan comme on le nomme à Bali) est généralement tiré du Malat  : une série de récits d’aventures qui racontent l’histoire du prince Panji, héros mythique, et de sa bien-aimée, la princesse Rangkésari. Panji, en éternelle recherche de Rangkésari, symbolise la quête spirituelle pour l’unité entre le masculin et le féminin de l’âme qui marque toute l’histoire de l’Asie et que l’on retrouve dans plusieurs légendes et mythes.
Toutefois, ce n’est pas l’histoire elle-même qui importe dans le Gambuh, mais les très formelles et longues entrées des personnages. Les personnages se caractérisent par le costume, le maquillage, la voix, la musique et la chorégraphie, qui sont très élaborés et spécifiques à chacun. Ce sont ces entrées qui constituent le corps du long spectacle et la maîtrise de leur exécution qui est le cœur du Gambuh.
Le Gambuh est une forme de théâtre total dont la danse est accompagnée par le chant et par un dialogue stylisé. Les chorégraphies ainsi que la musique et la littérature du Gambuh sont très détaillées et codifiées. Les personnages raffinés ou manis se distinguent par des mouvements lents, retenus et élégants, et par leur voix aiguë. Les personnages keras, énergiques, rudes évoluent avec des mouvements larges et vigoureux en projetant des voix gutturales. Les serviteurs, qui reflètent la nature de leur maître ou de leur maîtresse, les précèdent toujours dans leurs entrées. L’immuabilité de ces séquences formelles souligne l’ambiance précieuse et fastueuse du Gambuh.
Les personnages du Gambuh sont des archétypes. Toute princesse de tout épisode est toujours “La Princesse” ou “Raja putri”, et dans n’importe quel épisode elle porte la même coiffe et le même costume, ses mouvements et sa chorégraphie sont toujours les mêmes et elle est toujours accompagnée par la même musique.

Le gamelan (orchestre) Gambuh est formé d’un ensemble de tambours, de gongs, de cloches et de flûtes. Le Gambuh existait bien avant l’apparition des gamelan caractérisés par des métallophones en bronze. La structure rythmique des tambours, les gammes et la structure musicale du Gambuh constituent la base de presque toute la musique balinaise.
Les instruments de l’orchestre du Gambuh se subdivisent en trois catégories : mélodique, structurelle et rythmique. Le gamelan Gambuh se base sur la gamme pelog qui est composée de sept notes à intervalles irréguliers, dont cinq principales. Dans cette tonalité particulière il y a plusieurs modes : selisir, lebeng, baro, tembung et sunaren. Au centre de l’orchestre se trouvent un ou deux juru tandak (chanteurs) qui entonnent des vers en kawi.
La mélodie est soutenue par un chœur de grandes flûtes ( suling ) de bambou, longues de presque un mètre et par un luth à deux cordes joué à l’archet, appelé rebab . La structure rythmique est marquée par une variété de gongs. Le kempur , un gong suspendu de taille moyenne, ponctue la fin du cycle ou de la phrase musicale. Le kajar , un petit gong, marque le temps, tandis que le kelenang , un petit gong brillant, le kenyir , un métallophone à trois lames, et le gumanak , petit cylindre de cuivre, ajoutent des orne
mentations et complètent la trame musicale. Les kendang , tambours à deux peaux, sont des instruments rythmiques qui dirigent l’orchestre et contrôlent le rythme et le tempo. Des cymbales, appelées kangsi et rincik , ajoutent au rythme leurs syncopes. Le gentorag (un arbre de clochettes) vient y apporter ses variations.

Quelques jours plus tard, lors d une ceremonie j assiste a un spectacle de Wayang Kulit dans toute sa splendeur. Le Wayang Kulit est un spectacle de marionnettes a tiges dont l ombre shadow puppet (wayang kulit)est projetee  sur un grand ecran blanc. Les marionnettes sont perforees a de multiples endroits afin que leurs ombres reproduisent la beaute des costumes, et les caracteres des personnages. Chaque marionnette est aussi peintes car le spectacle peut etre regarder de chaque cotes de l ecran, du cote des coulisses, ou est present l orchestre de Gamelans en metal, le Dalang (le manipulateur) et la torche enflammee qui permet la projection des ombres, ou bien de l autre cote de l ecran ou on assiste a la deambulation de ces fantomes vibrants. A dix heures du soir, la representation commence. Le decor se construit, la foret des deux cotes de l ecran vide, branche apres branche, nait doucement. Puis tous les personnages qui participeront a l histoire arrivent sur la scene, un a un, comme des mouches s ecrasant sur une vitre. Peu a peu ce n est plus qu un tas de membres et de corps qu on tente de distinguer dans cette espace vide et verticale. Une fois les presentations faites, tous disparaissent. Un personnage entre, avec les crepitements du feu, il semble vibrer, une vibration de vie. En variant la distance de la marionnette entre le feu et l ecran, on peut voir des effets de perspectives tout a fait etonnantes, la vie nait de ce mouvement entre le feu source de vie nais aussi de destruction, et l ecran qui empeche les personnages de tomber dans la realite. Conversation entre un roi, une reine, et leurs valets respectifs, certains ont une bouche articulee d autre pas. Le dalang fait absolument toutes la voix de tous les personnages, avec une habilite deconcertante…Le dialogue dure, encore et encore, peut etre pendant une heure. Arrivent deux combatants, et un magnifique combat a l habilite incroyable a lieu, et c est a la fin de ce combat que je me suis endormi…

Quelques jours plus tard, je quitte Bali a la tombee de la nuit. De l avion j essaye d apercevoir un dernier petit bout de terre, de souvenir, mais il fait deja trop noir, et c est dans ce noir profond que je reprojette toutes les choses que mes yeux ont vues, ou que mon corps a ressenti. A travers toutes ces choses, dont certaines que je vous ai ici meme racontees, une conviction me prend: Bali est veritablement l ile ou l impossible est possible, ou l incroyable se realise, et ou la metaphysique poursuit et detrone la physique…

Grace a Marcel, un francais qui vit a Padangbai et dirige l association Approche et Decouverte de l Art Traditionnel de Bali, j ai connaissance d une ceremonie d exorcisme assez importante. Ainsi Dimanche dernier, je retraverse donc tout Bali pour me rendre a Padangbai, ou le soir se deroule une ceremonie de Barong. Merveilleusement acceuillit par Marcel, il prit le temps de m expliquer quelques points extremement interessant concernant cette ceremonie et la conception balinaise des choses, je vais essayer de vous en resumer le contenu.

Les ceremonies balinaises sont autant religieuses que sociales et culturelles, tout est lie et l expression artistique est le vecteur de la spiritualite a Bali. Les ceremonies sont des actes en soi qui permettent de reequilibrer les angoisses collectives et individuelles par l acte meme. A Bali, tout est performatif et tout acte permet la croyance et l existence de cette croyance. Pour les balinais, le mal et le bien existe et aucun des deux ne doit disparaitre; rien ne doit etre dans les extremes, et tout doit s equilibrer en chacun et dans la collectivite. Les balinais ont su conserve grace a leurs pratiques, une veritable conscience et identite collective. Et cela ce sent tout les jours, les gens s entraident en permanence et font parti d un tout. On extremement loin du culte de l ego actuel en occident. D ailleurs les tres bons acteurs a Bali ne sont pas du tout veneres comme en France par exemple, car ils ne sont que des mediums entre les Dieux et le peuple. Pour les balinais, quand l univers se desequilibre il nous envoie des signes, comme par exemple des tempetes, des innondations, des tsunamis,… Il est alors temps de reharmoniser et de reequilibrer toutes choses, c est ce qu ils font grace aux ceremonies,  leur croyance est tellement forte et il possede une telle identite collective, que l impact est reel. Et le theatre a lui aussi un veritable impact sur toute la societe et sert a transmettre des messages.

Cette ceremonie du Barong se deroule chaque annee en 9 parties, toute a un interval de 15 jours. En ces neufs ceremonies, on assiste au cycle de la vie. Lors de la premiere , le barong qui est un animal poilu a quatre pattes (representant la partie instinctive, animale et enfantine en chacun de nous) est amene face a la mer, afin qu il prenne conscience de son existence. Lors des suivantes, apparait l immateriel et le spirituel avec le personnage de Rarong. On assiste alors a la confrontation de l esprit (rarong) avec le corps (barong), jusqu a ce qu il trouve leur equilibre grace a Randa qui incarne la magie, c est a dire rendre materiel l’immateriel. L equilibre des forces du corps et de l esprit symbolise le temps ou l esprit et le corps de l etre humain sont a leurs apogees. Ensuite peu a peu, le corps decline pour laisser l esprit s enrichir davantage. Ainsi Barong est de moins en moins present au cours des neufs ceremonies. La derniere ceremonie se deroule avec Randa au cimetiere et dans tout les temples de la ville, cette ceremonie symbolise l acceptation de passer du materiel a l immateriel, autrement dit a accepter la fin de notre corps et notre passage a l immateriel.

Chacune des ceremonies est sous une forme theatrale qui presente a chaques fois des multitudes de symboles suffisament riches pour evoquer quelque chose en chaque personne. Tous, quelques soient leurs ages, y trouvent quelque chose. Et c est en evoquant ces choses en toi, que la ceremonie les apaise et reequilibre les desequilibres. Il s agit ainsi d une formidable et gigantesque psychanalyse collective, individuelle, spirituelle  et  corporelle. Marcel me previent que chaque ceremonie provoque les transe de certaines personnes. La transe est permise grace a un desequilibre et un perte de conscience du corps qui est declenche par un symbole present dans la performance, celui ci redevient corps sans esprit, puisque sans controle, et l on a a faire a un monstre.

Riche de toutes ces informations, nous revetons les habits de ceremonie, et descendons au temple pour assister a la troisieme des neufs ceremonie . Peu a peu plus de mille personnes arrivent, tous plus beaux les uns que les autres, apportant sur leurs tetes de magnifiques offrandes. Peu a peu se creer un rapport bi-frontal, avec au centre l espace theatral, d un cote l orchestre de gamelans, et de l autre la ou vont entrer les danseurs. Tout commence par une danse style Legong, qui symbolise la benediction de l endroit. Puis une premiere procession portant le premier masque arrive mene par un pretre qui fait de la scene un lieu sacre en y rependant l eau benite. A son retour il arrose aussi la foule afin de creer un tout, cette espace ou la representation pourra avoir lieu. A chaque arrivee d un nouveau personnage, cette procession apporte le masque a l acteur, et nous assistons a son habillement avant son entree en scene.

Arrive d abord rarong qui represente le spirituel,  et qui va se placer durant toute sa danse a cote de l orchestre de gamelans qui represente aussi la spiritualite, ensuite il se couvre le masque d un tissu blanc, couleur representant le sacre. Arrive Barong, qui durant toute sa danse, se rapproche de rarong et va se confronter a lui. Je sentis alors la tension monter peu a peu, et l atmosphere changer au rythme des gamelans. Puis arrive la magie, qui va resoudre cette confrontation. La ont commence les premiere transes, dans l assistance des hommes dechaines surgissent et hurlent, aussitot plaque au sol par d autre car ils pourraient etre dangereux pour eux ou pour le public. Cela provoque quelque chose d extrement impressionnant, des mouvements de foule et de panique.

Peu a peu dans la folie de cette ceremonie, et face a ce qui m est presente sous les yeux, je me sens de plus en plus mal, mon corps s engourdit peu a peu, et je me mets a pleurer toute les larmes de mon corps. Peu a peu mes membres se crispent, et j entends Marcel a cote de moi qui dit ” Maintenez le, il commence a etre en transe”, ainsi donc j etais en transe… Mon esprit etait tout a fait present, mais il m etait tout a fait impossible de controler mon corps qui se tordait, se balancait, et je m entendais crier. Mes mains ont commence a former des signes de danses balinaise, que je ne connaissait meme pas, ces “Hieroglyphes” dont parle Artaud. Je ne sais combien de temps cela a dure, un cercle a commence a se former au centre de la foule, ou on ammenait chacune des personnes en transe pour leur presenter des symboles, car c est le symbole qui a declenche la transe qui permettra de retrouver son equilibre. Ainsi etait presente :

  • un oeuf cru, representant Vishnu et la creation, la personne en transe doit le croquer dans sa bouche.
  • un poussin vivant, representant Shiva c est a dire l evolution, l homme en transe reconnaissant ce symbole mange la tete du poussin.
  • une torche enflammee representant Brahma et la destruction, l homme en transe reconnaissant ce symbole se frappe avec et marche sur le feu.

On m ammena dans le cercle avec une dizaine d autre personne en trans, et on me presenta les  trois symboles. Je remercie mon corps d avoir choisi l oeuf… Un homme fit ensuite des gestes sacre sur moi, puis on nous allongea  torse nu face aux masques sacres, dans un nuage d’encens, on nous fit dormir quelques minutes, et on nous fit faire les gestes de la priere et nous  furent asperge par l eau benite. La transe etait fini.

Tout mon corps etait faible, epuise, mais j avais en moi un sentiment d une extreme serenite, d un calme et d une maitrise absolu. Je m apercus que j etais une fois de plus l attraction, plusieurs dizaines de balinais m observaient, puis il venait me voir pour me feliciter, tous voulaient etre ami avec moi. Apparemment c etais tout a fait exceptionnel qu un touriste puisse faire une transe. Pour eux j etais extrement chanceux, et apparemment beaucoup de balinais auraient aime etre a ma place, c etait un signe que les dieux etait descendus sur moi.

Je ne sais comment explique ce qui  s est passe, mais j ai vraiment ressenti que j avais devant moi ce “theatre qui parlent aux sens” comme le dit Artaud. Effectivement ce qui s est passe a ete permis grace a la creation d un espace propice a cela, un espace cree par la musique, l encens et la danse, un espace magique ou tout est possible. De retour a Sawan, je racontais toute cette aventure a Ketut qui me felicita et me dis que c etait le signe que j avais compris la culture balinaise.

Si vous souhaitez entrer en contact avec l ADAT Bali (Approche et Decouverte de l Art traditionnel de Bali), n hesitez pas a contacter Marcel a cette adresse :  adatbali@yahoo.fr . Il organise notamment des conferences, et l acceuil des etrangers lors des ceremonies.

Apres mon sejour a Ubud, me voila parti Lundi matin vers Lovina, dans le nord de Bali, afin de changer d air. Mardi matin, j embarquais avec un pecheur du coin a 4h du matin. Et nous voila parti vers le large. La peche a ete peu fructueuse en raison de vent violent, mais quel paysage… J ai pu voir le soleil se lever de la mer, Bali sous un autre jour, et ses montagnes la tete dans la brume.

Le jour suivant je parti me promener dans un petit village proche de Singaraja : Sawan, fameux pour ses fabriques d instruments traditionnels notamment de gongs et de Gamelans. Les gamelans sont des sortes de xylophone, compose d une dizaine de note, dont la gamme est differente de la gamme occidental. L instrument produit un son clair et vibrant, donnant a toute ceremonie, une impression de chaleur et de divin. Je decouvris en ce village un veritable havre de paix, un authentique endroit ou peu de touristes s aventurent. Les temples sont plus beaux les uns que les autres, les gens sont tellement hospitaliers et desinteresses que l on peux voir a quel point le tourisme a perverti l ame balinaise dans de nombreuses villes.

Je visite l une des fabriques de Gamelans, et me voila penetrant a l interieur d une forge digne d Hermes. Passionne par cette vision, je demande au proprietaire si je peux venir quelques jours observe son travail et apprendre a jouer des gamelans en bronze, l homme accepte. Il m indique une Homestay a Menyali, a 1 km de Sawan, je decide donc d y sejourner quelques jours. Cette maison est tenu par Ketut un grand-pere de 74 ans qui lui aussi fabrique des gamelans, mais cette fois-ci en bambou. C est un homme tres attachant, d une grande sagesse, qui vit tranquillement dans cette maison depuis une trentaine d annee. Il etait senateur a Bali, et a present il est peintre, musicien, et fabrique des instruments en bambou. Avec malice, il me fait essayer tout ces instruments, flutes, tambours, gamelans de divers sortes. Il veut m initier aux gamelans en bambous; emmerveille par ces sons exotiques, j accepte volontier. Je lui parle d Artaud, et il me confie que son pere est alle jouer a Paris un spectacle de theatre balinais en 1935. Bon je crois qu Artaud vis un spectacle balinais a Paris  en 1931, mais nous nous rapprochons…

D apres le calendrier balinais, une ceremonie etait organise le soir meme a Singaraja, a 20 km. Je decide de m y rendre en scooter, et en sortant de chez Ketut voila que j apercois dans la maison voisine de tres jeunes danseuses de Legong en train de se maquiller. Ketut arrive et me presente a sa voisine, qui est en fait professeur de danse traditionnel. Elle aussi accepte de me donner quelques lecons dans la semaine qui vient. Apres cela je file a la ceremonie, ou je rencontre beaucoup de gens de tout age. Etant le seul etranger, je devins vite la curiosite de la soiree. Tous m ont fait passe une joyeuse soiree de Noel.

Le lendemain, je me rends aux forges de Gamelans. Il s agit reellement d un veritable laboratoire Alchimique, en son sens premier, la transmutation de la matiere brut en matiere noble. Au milieu de l atelier, le feu sacre, la ou est d abord fondu le bronze dans des pots en terre. Ces derniers sont fabriques sur place  et  ne peuvent etre utilises que pour une seule fusion. Le bronze,  une fois fondu, est coule dans un moule.  Puis il resubit  l epreuve du feu,  pour etre sculpte a coup de marteau et d enclume, jusqu a avoir la forme parfaite pour une resonnance et un son parfaits. Ensuite la note de bronze est poncee et poli afin d obtenir la tonalite exact. De la matiere brut qu est la limaille de plomb, l operation alchimique de cette forge en fait une note divine qui resonnera pour communiquer avec les dieux.

Je passais donc les jours qui ont suivi a apprendre la musique et la dance traditionnelle aupres de mes professeurs.

Samedi a 7h, me voila de bon matin parti visiter le marche d Ubsnb17473modifud a une heure ou les touristes ne sont pas encore leves. Le marche n a rien a voir avec celui de la journee, on y trouve que des produits locaux, et aucun souvenir pour touristes Et petit a petit en quelques minutes, le marche change d ambiance, de formes, les etales se ferment et d autres s ouvrent.

Direction Pejeng, village a quelques kilometre d Ubud, ou je me rends a velo. Dans un temple de ce village, sejourne la lune de Pejeng, le plus vieux tambour de bronze du monde. Ce tambour serait une roue du chariot de la Lune, tombee sur terre. On peut y voir sculptes de nombreux dessins, dont plusieurs cercles concentriques ayant peut etre une symbolique cosmogonique. Voici un petit dessin que j ai fait a Pejeng a partir de ces cercles, l arbre ne figurant pas sur le tambour, bien sur.

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Apres mon passage au Musee d Archeologie, non loin de la, me voici rendu a Yeh Pulu ou l on peux voir des falaises sculptees. Une violente averse surgit, et me voila abrite sous un kiosque avec des ouvriers batisseurs de temple, alors une vieille femme de 97 ans accepte de poser pour moi.

Samedi soir, comme on me l avait annonce, une grande ceremonie a lieu. Une procession de plusieurs centaine de personnes accompagne par de grands masques barongs, et un orchestre . Nous nous rendons avec la procession au temple de Penestenan a deux km d Ubud. La, le temple est magnifiquement decore, une atmosphere de joie et de beaute traverse la foule. Des orchestres de gamelans resonnent de tous cotes, des femmes chantent, on place les masques Barong dans leurs temples afin qu ils protegent le peuple des mauvais esprits, puis a lieu la priere, tout est beaute.

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La Kechak dance regroupe une centaine d hommes assis en cercle autour de la scene. Il s agit d un veritable orchestre d instruments corporelles. Durant toute la performance, ils creent sonorement ou physiquement la resonnance ou l accompagnement de scenes du Ramayana qui se deroule au centre. Ils possedent une veritable partition remarquablement rythme, qui alterne entre la proferation de ”Tchaq tchaq tchaq…’ qui forment a eux seuls des percutions nouvelles,  des chants polyphoniques, et autres musiques corporelles comme des sifflements, ou des souffles. Tout cela est orchestre par des appels vocaux, treskechak similaires a ceux que l on peut entendre durant un spectacle de tambours japonais. Toute cette partition entre constamment en resonnance avec une partition physique qui cree ainsi des vagues d energie, ou differents decors.

Au centre de ce tourbillon, des princes et princesses sorties tout droit du Rayamana, nous donnent a voir des themes mythologiques. La narration totalement stylisee permet une danse d une pecision et d une finesse inoui. Chaque oeil, chaque doigt est choregraphie, et sans cesse des soubressauts de rythme qui nous font perdre pied. Artaud parlait  a tres juste titre d”acteurs hyeroglyphes”, et c est une veritable ecriture dans l espace qui nous est donne a voir. Les costumes “millenaires’ semblent s enflammer dans l air.

Tout ces danseurs et musiciens dans tout Bali sont non professionnels, ils presentent ces spectacles afin de recolter de l argent pour leurs ceremonies prochaines. Mais tous, durant leurs etudes, ont eut un apprentissage de musiciens et de danseurs. L art est completement inscris dans leur societe, comme quelque chose d indissociable de la vie.

Apres cette representation, mon protecteur m emmene assister a une repetition de Gamelans. Il s agit d un orchestre feminin, ce qui est tout a fait innovant a Bali. Les Gamelans produisent une atmosphere toute particuliere, un veritable espace organique de discussion avec les dieux. Moments d apprentissage touchant . Ensuite j assiste a une reunion au sein d une  communaute de Peliatan, dans laquelle il decide de l organisation de la ceremonie du 3 au 7 janvier. Tout semble simple ici, discutter, se mettre d accord, rien ne pose de problemes.

Apres un passage eclair a Kuta, ville envahit par les surfeurs australiens, je suis monte hier directement a Ubud, capitale culturelle de Bali.

Sur le chemin, j ai donc pu visite Batubulan, village des sculpteurs de pierre, Batuan, village ou on peut encore voir du Gambuh (une forme theatrale ancienne), Mas, village des sculpeurs de masques… Impatient de decouvrir le theatre balinais dans son contexte, j ai demande a toutes les personnes que je croisais si il avait connaisance d une ceremonie dans la region. Ainsi grace a une petite information, j ai pu assister hier soir a ma premiere ceremonie balinaise au Market Templare de Peliatan.

La ceremonie a commence au coucher du soleil par des recitations de textes en Kakawi, une sorte de sanskrit, qui est a Bali un langage secret, que peu de personnes peuvent comprendre. Cette recitation est a deux voix, en alternance. Une voix parlee,qui semble interroger, et une voix chante avec beaucoup de tremolo qui semble repondre a la premiere. On a ainsi un dialogue qui s instaure, et qui est present durant toute la ceremonie, qui durait environ trois heures, grace a une dizaine de personnes qui se relaient. Puis est arriver l orchestre de Gamelan, compose d une vingtaine de musicien, qui jouait leurs puissantes melodies comme un refrain. Ensuite s est ajoute un danseur de Topeng qui dansait accompagne par le gamelan, il nous presenta 4 personnages, un prince, un viellard et deux gens du peuple. Son corps etait tout a fait magique, d une precision et d une resonnance extreme. En face des recitants, on pouvait apercevoir du wayang kulit racontant le Ramayana(marionnettes a tiges javanaises), accompagne par deux Gamelans plus petits et plus aigus. Ce qui etait tout a fait etonnant, c est qu il etait dos au public et donc cachait la manipulation de ses marionnettes. On peut effectivement tres vite se rendre compte que toutes ces formes “spectaculaires’, ne sont pas du tout adresse au public present, mais aux dieux. Ainsi tout ce passe en meme temps au quatre coin du temple, tout se melange, peut importe si quelqu un regarde ou non l acte performatif, car il n est destine qu a invite les dieux a venir quelques jours sur terre. Enfin a lieu une priere collective.

On ressort forcement bouscule par l accumulation de toutes ces choses, plus merveilleuses les unes que les autres. Ce qui frappe aussi un occidental, c est que toute ces choses se font dans une concentration, qui n a rien a voir avec notre concept de concentration. Soyez sur, par exemple, qu un joueur de Gamelan fait autre chose ou regarde autre part, pendant qu il joue. Tout est decontracte, et cela n a absolument rien a voir avec notre conception extrement sobre et fige du sacre.

Lors de cette ceremonie, j ai pu rencontrer un homme qui est a la tete d une communaute de Peliatan. Ce dernier m a invite a venir voir ce soir du Kechak qu il presentait avec son groupe…suite au prochain episode…

De Londres a Tokyo, j ai tout d abord pense que nous allions courrir cote a cote avec  le soleil, et j attendais le moment ou nous allions le depasser. Il n en est rien, finalement nous sommes parti veritablement a l inverse du cycle solaire. Ainsi a 3h de l apres midi, il faisait deja nuit.

 Cela m a tout de suite fait penser au voyage de Gilgamesh. Celui-ci suivait le soleil Samas, son pere protecteur, jusqu au jour ou il parti dans sa quete de l immortalite et de l origine. A ce moment, il rompt totalement ce lien avec le soleil, et va a l inverse de sa course journaliere. Il arrive la ou nait le soleil, cette montagne gardee par les hommes scorpions, et decide de continuer toujours plus a l est, a travers le tunnel de la nuit. J ai eu veritablement l impression d etre Gilgamesh durant tout ce vol… Ce n est donc pas par hasard que je suis arrive en cette source, ce pays “du soleil levant”.

12h plus tard, 8 heures de decalage horaire dans les pattes, le mont fuji se dresse fierement devant moi, moment d emotion et de receuillement. Petit desagrement a l arrivee : la britisch airways n a pas fait suivre mon sac dans ma correspondance a Londres, me voila donc sans mes affaires. Toutefois je me doutais que cela allait arriver, ainsi j avais prevu quelques affaires grace aux bons conseils de ma maman… Arme de mon bagage a main, et du dedomagement de la britisch airways (une carte bleue contenant environ 40 euros), je me suis rendu a l hotel que j avais reserve : Narita airport hostel . Il s agit en realite d une petite maison fort sympathique tenu par un jeune homme Yama, qui vient nous chercher a l aeroport, nous met a disposition un lit dans un dortoir, des velos, internet, une cuisine... pour seulement 15 euros, prix assez derisoire au japon. Je me suis donc retrouve avec un americain, deux hollandais, et un israelien dans une ambiance tres proche de l auberge espagnole, et tous des voyageurs en attentes d une correspondance comme moi.

Ayant l apres midi de libre, j ai pu prendre un velo et aller visiter Narita, qui est a environ 15 km de l hotel. J ai ainsi pu me perdre un peu la campagne japonaise, qui ressemble beaucoup a la campagme francaise en realite. Je  me suis ensuite promene dans les temples du parc Natita  san koen, pour ensuite rentrer a l hotel au coucher du soleil…

Et me voila ainsi maintenant a l aeroport de Narita, mon vol pour Bali est dans une heure , et je devrais, normalement, recuperer mon sac la bas…

C est ainsi que ce termine cette premiere semaine en Roumanie, osnb17282u nous avons bien travaille avec mes jeunes amis roumains, et ou j’ai vraiment ete acceuilli magnifiquement…

Nous avons travaille tous les jours intensement, et il me faut tous les feliciter, car nous communiquons et ils  jouent dans une langue qui n est pas la leur. Desormais je ne reviendrais qu’en Mars, au printemps, la ou bien des choses auront germe…

snb17301Sur la route entre Buccarest et Hunedoara, dans la journee de lundi 08 decembre, nous avons croise un berger ” d’ un autre temps” (du moins l’ai-je pense aussitot ). Un homme au milieu de ses moutons, habille d’un manteau de laine tres impressionant dissimulant totalement la forme de son corps, lui descendant jusqu’aux pieds.

Apres avoir eu quelques explications, j ai su que l’habit de ce berger avait traverse les siecles. En effet dans cette partie de la Roumanie se trouve le mont Dacia, ou les Dacs ont resiste aux attaques de l’ empire Romains. Depuis ce temps les habitants du mont Dacia, vivant presque en autarcie, ont garde les memes traditions vestimentaire que leurs ancetres, et celle-ci se transmet de generation en generation. C est ainsi que l’on peut croiser des gens, comme ce berger,  aux allures antiques et millenaires .

Partir sonder les formes ancestrales de l’humanité,

Partir à la re-création du monde, loin des abîmes théâtrales occidentales, plonger en plein cœur de la nécessité de créer.

Aller là où les hommes ont encore des croyances dans leurs corps et pas seulement dans leurs âmes et où ces deux choses là ne sont pas encore séparées.

Aller là où le temps n’a pas usé les véritables nécessités ou cruautés de ce monde.

Revenir à soi, et aux plus petites résonances de la vie

Revenir à la terre.


Chers amis,

c’est ainsi, en énumérant les ambitions de ce voyage, que je vous invite à m’y accompagner ! Ce voyage de recherche a comme but d’étudier différentes formes de théâtre et de danse traditionnel asiatique, principalement les formes performatives de Bali et du Japon.

Quand on compare les parcours des plus grands (et des véritables) hommes de théâtre que sont Artaud, Grotowsky,  Claudel,  Brecht,  Meyerhold,  Mnouchkine, Dullin, Brook et d’autres encore, une chose les rassemble bien au delà de leur conceptions théâtrales : une révélation artistique face aux théâtres asiatiques. Tous ont vécu cette confrontation, et celle-ci a laissé des sequelles et a marqué un tournant dans les travaux de tous. C’est ainsi que je pars à la recherche de mes propres sequelles, à la recherche de ma propre révélation et ” à la recherche” tout court, en espérant “trouver”…

Je n’ai pas la prétention d’aller apprendre en trois mois telle ou telle technique traditionnelle, qu’un maitre enseigne à son disciple pendant plus de 15 ans. Ce n’est pas un apprentissage c’est une “imprégnation”. S’imprégner de l’esprit de ces traditions et de ces théâtres, voilà mon désir.

Vous pouvez me suivre par le biais de ce blog, que j’essayerai de mettre à jour de temps en temps (j’ai bien dit j’essayerai)… Voilà mon programme à ce jour :

  • Du 08 au 15 décembre : Roumanie : Travail avec de jeunes lycéens sur la pièce : Le théâtre ambulant Chopalovitch d’après l’auteur serbe Simonovitch.
Un peu plus à l’Est plus tard
  • Du 16 décembre au 08 janvier : Voyage à Bali
Encore un peu plus à l’Est…
  • Du 08 janvier au 13 mars : voyage au Japon
…tellement à l’Est qu’on en revient à la première destination
  • Du 13 au 26 mars: fin du travail avec les lycéens Roumains

Que dire de plus que citer Artaud, celui qui a chuchoté ce voyage à mes oreilles et à mes pieds :

“Nous assistons à une Alchimie mentale qui d’un état d’esprit fait un geste, et le geste sec, dépouillé, linéaire que tous nos actes pourraient avoir s’ils tendaient vers l’absolu.”

“…Et derrière le Guerrier, hérissé par la formidable tempête cosmique , voici le Doucle qui se rengorge, livré à la puérilité de ses sarcasmes d’écolier, et qui soulevé par le contre-coup de la puissante tourmente passe inconscient au milieux des charmes auxquelles il n’a rien compris.”

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